Asset Management : distribution de fonds, nouveaux enjeux et perspectives.

Atelier animé par Yann CHARRAIRE, Managing Director | Paul BUREAU Director Account Management et Laurent VIELLARD | Head of Business Development | OneWealthPlace – AM TECH DAY, Le 8 octobre 2019, Palais Brongniart.

Distribution de fonds et marge : nouveaux enjeux, pilotage des partenaires, nécessité de s’équiper, quand Excel ne suffit plus!

L’environnement réglementaire, la situation économique avec notamment, la persistance des taux bas, mais aussi les évolutions des pratiques de marché sont à l’origine d’une évolution progressive du métier des asset managers. IIs sont, en effet, de plus en plus, confrontés à des tâches qui ne relèvent pas de leur cœur de métier.

Ainsi, de nouveaux acteurs sont, depuis quelques années, venus couvrir ses besoins, sollicitant de plus en plus de ressources internes chez les asset managers et alourdissant de fait les coûts pour une valeur ajoutée parfois assez relative…

Pour répondre à ces évolutions, des solutions existent ! Elles passent par la mutualisation de certaines fonctions mais aussi par le recours à de nouvelles plateformes qui, grâce à l’utilisation des nouvelles technologies peuvent sensiblement répondre aux attentes des asset managers.

Un bref état des lieux de la distribution de fonds en France.

D’un point de vue réglementaire :

Le parlement européen s’est emparé du sujet en publiant le 20 juin 2019 un nouveau règlement. En effet, constatant qu’actuellement 70 % du total des actifs sous gestion étaient détenus par des fonds d’investissement enregistrés pour la distribution uniquement sur leur marché national, il est apparu nécessaire de fluidifier la distribution transfrontalière des OPC.

Comment ? En assouplissant, par exemple, les conditions dans lesquelles un gestionnaire de fonds doit avoir une présence physique dans un autre pays (abandon progressif de la notion de Local Representative Agent et de Local Transfer Agent), mais aussi en harmonisant les procédures entre les différents pays.

Le régulateur souhaite aussi créer (à échéance août 2021) une base de données centrale recensant tous les FIA et OPCVM commercialisés de manière transfrontalière, ainsi que les gestionnaires des OPC concernés et les États membres dans lesquels a lieu la commercialisation. Cette nouvelle base de données est potentiellement un bon moyen pour les petits et moyens AM de se faire connaître des investisseurs dans les autres pays.

Au niveau de l’environnement économique :

La baisse des rendements des fonds en euros que nous connaissons depuis plusieurs années oblige les assureurs à revoir leur politique d’investissement. Generali a très récemment communiqué sur le changement de pratique commerciale sur les nouveaux dépôts (60% doivent être dorénavant obligatoirement investis en UC), même politique pour Allianz où 50% des nouveaux dépôts doivent être investis en UC et à 90 % pour tout versement supérieur à 10 M€ !

Par ailleurs, le marché est de plus en plus compétitif, ce qui impacte directement les frais de gestion. L’Autorité des Marchés Financiers a précisé il y a quelques mois qu’entre 2010 et 2017, les frais courants moyens sont passés de 2,3 % à 1,9 % pour les fonds d’actions françaises et de 2,1 % à 1,7 % pour les fonds diversifiés.

« Trois facteurs entrent en jeu : la pression concurrentielle, le niveau très bas des taux et la concurrence de la gestion passive », commente Frédéric Petiniot, directeur général d’Amadeis, dont l’étude reporte une baisse de 5 points de base en moyenne sur les mandats de gestion « actions européennes ».

Frédéric Petiniot, directeur général d’Amadeis.

L’exemple des ETF est effectivement assez évocateur : les frais de gestion appliqués aux gammes Core ETF continuent inexorablement de baisser (entre 0 et 7 bps pour les fonds ETF de DWS ou encore 4 bps pour les fonds ETF de Fidelity…).

On trouve même des ETF « sponsorisés », c’est le cas de Salt Financial, qui a obtenu l’accord de la SEC pour lancer un ETF qui paie à l’investisseur 50 bps jusqu’à ce qu’il atteigne 100M$.

Dans ce contexte, les pratiques de marché évoluent elles aussi…

La transparence et transparisation sur les fonds est de plus en plus souhaitée.  Au niveau IT, les sociétés de gestion ont besoin de se connecter avec de plus en plus de providers. Et le coût de mise en place de ces nouveaux flux ainsi que la gestion en « Run » de ces connexions, n’est pas sans conséquence sur le P&L de la société de gestion. Cette tendance risque même de s’accélérer avec un niveau d’exigence toujours plus élevé.

De plus, la distribution ne passe pas uniquement par la qualité des équipes de sales.  La qualité du dispositif utilisé pour la gestion des données est aussi une nécessité pour mieux distribuer ses fonds.

Enfin, les distributeurs soucieux de gagner en efficacité pourront sélectionner des AM non plus seulement sur le seul critère de la performance des fonds, mais aussi sur la qualité du processus de paiements des rétrocessions.

Un métier qui change…

Tous ces éléments de contexte ne sont pas sans conséquences sur le métier des asset managers.

En effet, ils se retrouvent confrontés à devoir exécuter des tâches qu’ils ne faisaient pas initialement. Les tâches liées aux fonctions supports sont de plus ne plus nombreuses (suivi des données, mise en place de flux, reporting client customisé, ….).

Mais aussi sur leur profitabilité :

Une étude de Bloomberg publiée en février 2018 estime que les commissions sur encours des asset managers vont continuer à baisser de 11% à horizon 2025 et qu’en parallèle, les coûts de production devraient, eux, progresser de 3%.

Et c’est ainsi que l’augmentation des coûts (liés à ces nouvelles activités), ajoutée à la baisse des frais de gestion entraîne inexorablement une baisse de la profitabilité.

Le pouvoir des nouveaux intermédiaires ne cesse lui aussi de croître.

Au fur et à mesure qu’ils se sont placés entre le gérant d’actifs et l’investisseur final, leur service est devenu indispensable à la distribution. Ils sont maintenant en mesure d’imposer leurs conditions, tant financières qu’en terme de normes de données et documents.

Pour ne citer que les principaux :

  • Les Data Vendors, qui alimentent certains distributeurs, souvent par région
  • Les Data Disseminators, qui alimentent maintenant les multiples data vendors
  • Les RegTech, qui fournissent les services imposés par les nouvelles réglementations aux gérants et distributeurs
  • Les Plateformes de distribution, imposant normes, prix et flux aux gérants

Des solutions pour répondre à ces nouveaux enjeux!

La mutualisation des services “non différenciant”

Un gestionnaire d’actifs doit se focaliser sur ses activités « core » à savoir la conception de produits performants calés bien évidemment sur les besoins de ses clients, la communication, la promotion et la commercialisation des produits. La différenciation entre les acteurs de ce même métier ne peut (et ne devrait pas…) se faire sur les fonctions supports post gestion.

Société Générale Securities Services a mené en 2018, auprès de ses clients, une étude sur les grands enjeux des asset managers européens dans les 5 prochaines années. Un des sujets portait sur les stratégies opérationnelles que menaient les AM. Une statistique faisait ressortir que 80% des petits Asset Managers étaient favorables à des stratégies d’outsourcing contre 20 % qui privilégiaient une stratégie « in House ». Statistique intéressante qui montre que les assets managers ont bien pris conscience qu’ils ne peuvent tout faire par eux même et qu’ils se sont progressivement tournés vers des spécialistes, capables de les aider à concentrer leurs forces sur la création de valeur et de les sécuriser par exemple sur les aspects « réglementaire » et « reporting », de plus en plus prégnants et émanant des autorités de tutelle ou de leurs propres clients.

– Les plateformes décentralisées

Dans l’édition de logiciel, un débat revient très souvent, le « Best of Breed versus Platform ».

Pour un gérant d’actifs, sélectionner pour chaque petite partie de son processus global, l’acteur répondant au besoin, et mettre en place un projet pour l’intégrer à son système d’informations reste très coûteux, en temps humain mais aussi en ressources opérationnelles et techniques.

De plus, les couches s’empilant progressivement, on finit par construire, dans la majorité des cas, un système fragile, dans lequel chaque migration ou mise à jour, entraîne des effets de bord conséquents. Après quelques migrations douloureuses, le système d’information d’un gérant d’actifs s’apparente souvent à un château de cartes en équilibre précaire.

Pour faire un parallèle avec ce que nous connaissons tous, il est plus simple de se connecter sur Zalando pour acheter trois paires de chaussures de marques différentes, ou sur MeilleursTaux pour son prêt immobilier. Pourquoi cela ne s’appliquerait-il pas un gérant d’actifs ? Il est beaucoup plus logique pour une société de gestion de ne payer le coût de branchement qu’une seule fois vers une plateforme qui lui offrira toute sortes de services, et ainsi, être en mesure de pouvoir migrer, s’adapter et pivoter sans mettre en danger le cœur de son système d’informations.

D’autre part, l’avantage pour les asset managers d’utiliser une plateforme décentralisée est de conserver la maîtrise et la propriété des données et, de ce fait, de réduire la dépendance vis-à-vis d’elles.

Ces plateformes décentralisées peuvent véritablement accompagner les asset managers dans la croissance de leurs activités et les décharger d’activités non stratégiques dans un environnement toujours plus concurrentiel où les marges ont été, ces dernières années, durement mises à l’épreuve.

Enfin ces plateformes sont  construites sur des environnements technologiques leur permettant de s’adapter plus rapidement et facilement aux nouvelles réglementations, tendances technologiques et évolutions des pratiques de marché. Ce qu’Excel, aussi puissant et omniprésent soit-il, ne permet pas !

Rédacteur : Laurent VIELLARD, Head of Business Development OneWealthPlace

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